Lundi 9 juillet 2007
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18:07
Depuis que Luisa était arrivée, la vie ici devenait pour moi moins irréelle. Plus compliquée aussi. Les parents de Tay n'avaient fait aucune difficulté pour l'héberger, avec l'étrange sens de
l'hospitalité qui semblait de mise ici, mais mon amie ne voulait pas nous raconter comment elle avait atterri ici et éludait nos questions, ce qui m'amena à la harceler continuellement. Le fait
qu'elle ait un secret pour moi, un secret qui, par ailleurs, me concernait aussi, m'insupportait. La venue de Luisa m'avait également ramenée à la réalité : je désirais rentrer à Paris plus que
jamais. Un soir, pendant le dîner, je me tournai vers Tay, et je demandai :
- Tu sais comment nous pourrions rentrer chez nous, n'est-ce pas ?
Elle avala sa bouchée de fruit cuit et répondit sans me regarder :
- Je... Il me semble que oui.
Luisa se mêla à la conversation :
- Dis-le nous !
- Vous allez partir... N'est-ce pas ?
Sa lèvre inférieure tremblait, et je pris soudain conscience qu'elle ne devait pas avoir beaucoup de distractions par ici. Notre venue avait dû etre un grand évènement... au moins autant que pour
nous !
- Tay... Aide-nous ! Suppliai-je. Tu ne comprends pas ? On ne peut pas rester eternellement ici, chez vous ! Nous vivons là-bas, et nos parents... Nos parents...
Je venais de penser à ma famille comme jamais je ne l'avais fait depuis mon arrivée. Luisa continua à ma place, percevant mon désaroi.
- Ils doivent être terrifiés, ils ont sans doute appelé la police... Tu ne peux pas nous séparer d'eux comme tu le fait, en ne voulant rien nous dire !
- Très bien, soupira Tay. Il faut le Transporteur ... Je vérifierai dans un bouquin...
- Le... quoi ?
- La petite boussole ! Tu sais, Véro, comme tu m'en a parlé. En théorie, si elle était dans votre monde, cest quil sest passé quelque chose danormal... ce n'est pas censé arriver. Il en
existe très peu, ce sont les dirigeants qui les détiennent. Et elles servent à voyager entre les mondes, ce que vous n'avez pas l'air de savoir faire dans votre monde si évolué... en tout cas
vous en aurez besoin ! Luisa rougit.
- Je... Je l'ai cassée, avoua-t-elle dans un souffle.
- C'est pas vrai ! Comment... Comment tu t'es débrouillée ?
J'était stupéfaite.
- Ca va... Je... Je vais vous expliquer... ( C'était la première fois qu'elle nous racontait vraiment comment elle était arrivée jusqu'ici, nous avons donc tous tendu l'oreille).
- J'espère que tu as une bonne excuse pour nous avoir coupées de notre monde Luisa !
J'étais au bord des larmes.
- Bon. Reprit Luisa sans faire attention à moi. Donc, j'étais dans ce fichu hôpital, guérie. Totalement guérie. Mais en convalescence. Le médecin m'avait donné un machin somnifère. Comme si
j'avais envie, ou même besoin de dormir ! J'étouffais dans cette chambre . Je suis allée prendre l'air dehors, dans le jardin. J'étais tranquille, assise sur la pelouse à regarder passer les
mouches, et tout à coup, quelque chose m'a forcé à me lever. Je me suis dit que j'allais rentrer avant qu'on s'aperçoive de mon absence, mais à ce moment-là, mes pieds se sont mis à courir dans
la direction opposée sans que je leur ai rien demandé. J'était éberluée, et j'avançait toujoutrrs, comme ça , sans savoir où j'allais, ni ce que j'y ferais. Peut-être était-ce le hasard, en tout
cas, je me suis retrouvée là où je m' étais fait renverser. Mes pieds se sont arrêtés et j'ai repris le contrôle. Et là, j'ai vu la boussole. Je l'ai ramassée. Je m'y suis accrochée, mais elle me
brûlait les mains. Pourtant, j'ai bien senti que j'étais... transportée. Quand je suis arrivée, la boussole m'avait tellement cramé les doigts que.... que je l'ai jetée le plus loin possible et
qu'elle s'est écrabouillée contre le seul énorme gros rocher pointu des environ.
- NON ! jai hurlé.
- Oh... a dit Tay.
- Heu... Véronique ? Demanda soudainement la mère de Tay, qui toute notre conversation était restée dans l'ombre, avec les plus petits enfants, silencieuse. Vous savez que sans la boussole, vous
ne pourrez jamais revenir chez vous, à... Comment dites vous ?
- Paris, Madame, dis-je, accablée, des larmes dans les yeux.
-Moi je sais, dit doucement le père en arrivant de l'extérieur. Mais... Je ne sais pas si...
Il allait se taire lorsqu'il croisa mon regard. Et je pleurai. Alors il reprit.
- C'est terriblement dangereux, et... et très loin aussi. Mais je ne crois pas qu'il existe d'autre moyen. Il faut trouver un autre Transporteur. Et le Tsélak le plus proche qui en possède une,
c'est celui des monts Nevörrs.
Sa femme lui jeta un regard étrange, presque apeuré.
Bien sûr, Luisa et moi n'avions absolument rien compris, mais Tay nous expliqua qu'un Tsélak était un dirigeant, une sorte de roi, et les monts Nevörrs les montagnes les plus escarpées du pays où
vivait, donc, ce roi. Je me rendis compte alors que je ne m'étais informée ni sur la politique, ni sur la géographie de ce pays. J'aurai pu être plus curieuse...
- Seulement, objecta Tay, peu de gens atteignent les monts Nëvorrs en un seul morceau...
- Très rassurant, j'ai commenté.
- Tout n'est pas perdu pour autant... rectifia le père de Tay.
Il nous expliqua qu'il avait un ami qui avait beaucoup voyagé, qui avait beaucoup de relations et qui pourrait sûrement nous aider, peut-être même nous fournir une escorte. Mais avant de le
trouver, nous devrions parcourir des centaines de kilomètres, seules et dans des contrées parfois dangereuses. Nous avons échangé un regard.
"Nous partons dans deux jours, au plus tard " a déclaré Luisa prenant du coup, tout naturellement, la place de chef, sous le regard visiblement énervé de Tay.
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